Enfin à bord !
Les derniers mois à Oslo furent intenses, notre vie était devenue une longue liste de choses à faire dans un ordre bien précis. Ranger la maison pour la mettre en vente, empaqueter les affaires que nous gardons, certains cartons pour stockage de longue durée, d’autres à destination d’UtPåTur, vendre ce que nous ne gardons pas, visiter nos parents et familles, finir nos missions professionnelles correctement, voir une dernière fois tous nos amis… A quatre jours de l’arrivée du camion de déménagement, Laure est encore en déplacement au fin fond du Brésil… Et cette maison qui ne veut pas se vendre…
Sitôt arrivées en France, sitôt embarquées dans le grand tourbillon des fêtes de fin d’année : un train, de la famille, des bulles, un autre train, une autre famille, d’autres bulles, un train de plus, des copains, plus de bulles, un train retour, une camionnette, nos cartons dedans et en route vers la maison de famille de Camille en Bretagne. Et par un petit matin frisquet de janvier (enfin pour nous il fait un temps d’avril alors on ne se plaint pas du tout !), nous voilà à Pont-l’Abbé au chantier de Pors-Moro à contempler notre bateau qui nous attend sagement sur ses bers depuis de longs mois. Enfin réunis !
Un bateau, ça vieillit aussi au sec, et c’est avec une excitation teintée d’appréhension que nous montons à l’échelle qui nous mène au cockpit. Qu’allons-nous retrouver ? Déjà le bateau n’a pas été visité en notre absence, bien ! Rien n’a l’air d’avoir bougé non plus pendant les nombreuses tempêtes qui ont sévi ces derniers mois : nous avons toujours un mât, des antennes, et l’éolienne a toutes ses pales ! Tout à l’air parfaitement en place sur le pont et à l’intérieur, même si une fine couche de mousse verte recouvre tout l’extérieur. Plus qu’un petit coup d’œil au moteur pour conclure ces premières vérifications. Mmmm, la corrosion déjà identifiée cet été ne s’est pas améliorée… Pire, il y a du liquide de refroidissement dans les fonds… Il va nous falloir rajouter un gros point sur – devinez quoi – notre liste de choses à faire !
Le premier chantier d’hiver
Cela fait des mois que nous pensons à tout ce que nous voulons améliorer ou customiser à bord et avons donc une belle liste de travaux en tête. Nous nous y attelons au rythme auquel nous avons l’habitude, celui de ceux qui ont une vie de contraintes et n’ont pas une seconde à perdre.
Assez vite on se penche sur notre moteur. Mis à part cette petite fuite au niveau de l’échangeur thermique, tout a l’air bon. On décide de faire les choses bien et de démonter l’échangeur pour voir ce qu’il en retourne. Peut-être les joints ont-ils durci pendant l’année au sec et il faudra juste les changer espère-t-on. Mais ce que l’on trouve à l’intérieur n’est vraiment pas beau à voir : l’ensemble est très corrodé, les joints sont déchirés, ce n’est pas sain du tout. Après plusieurs heures à gratter et dissoudre le sel et la calcite, ce que nous craignons arrive : la fonte du corps même de l’échangeur tombe en poussière, corrodée jusqu’à la moelle. Nous voilà déjà avec une panne moteur sérieuse, sans avoir encore jamais navigué avec le bateau ! Bel exploit :o)
Dans notre malheur, nous relativisons : après tout le bateau est en sécurité au chantier, il y a un super atelier de mécanique Yanmar à Loctudy juste à côté (Loc Marine Services), c’est bien mieux de tomber en panne moteur ici que pendant une entrée de port de nuit dans la tempête ! La responsable de l’atelier nous rassure : « Oui oui, il y a des échangeurs pour votre moteur disponibles dans le monde (aaaaaah). Trois pour être exacte : 1 en Hollande et 2 au Japon (quoiiiiiiiii ???) » Euuuh, on veut bien commander la pièce la plus proche si possible ? La pièce est commandée immédiatement, mais nous sommes à présent à la merci du bon vouloir de la chaine logistique de Yanmar, nous ne sommes plus en contrôle du timing…
Après des (dizaines !) d’années à vivre en optimisant la moindre seconde de notre temps, il nous faut apprendre plus vite que prévu à s’adapter aux évènements et à accepter les éventuels contre-temps sans (trop…) s’impatienter. L’aventure n’arrive pas toujours là où on l’attend :oD
Nous avons heureusement de quoi nous occuper pendant plusieurs semaines avec les travaux prévus, voyez plutôt :
Révision du radeau de survie, le plus compliqué étant de débarquer puis rembarquer le radeau et ses près de 50 kgs.
Construction de nouveaux équipets à l’avant pour ranger nos vêtements : un des gros projets de ce premier chantier. Nous n’avons que très peu d’expérience en menuiserie et tout juste le bois dont nous avons besoin, un panneau de contreplaqué-érable venant de la fabrication du bateau. Nous prenons tout notre temps et d’infinies précautions pour ne pas faire d’erreur et avoir un joli résultat. Ça n’a pas été facile dans cet environnement où rien n’est horizontal (le bateau n’est pas posé dans ses lignes d’eau) et aucun angle n’est droit, mais nous sommes super contentes du résultat ! Nous y avons passé plus de 2 semaines, en parallèle avec d’autres tâches toutefois.
Comment construire un équipet en 8 étapes!
Changement des mousses de matelas (en fait nos matelas de la maison d’Oslo coupés aux dimensions des cabines) et nouvelles housses pour tous les coussins du bateau. La mère de Camille est une couturière émérite et se lance dans ce grand chantier avec une efficacité industrielle. C’est finalement 18m linéaires de coussins (1/100e de mille nautique !) qu’elle délivre en 3 semaines, environ 1km de fil y passera !
Installation de rideaux pour isoler la cabine avant, réalisés dans les rideaux de notre chambre à Oslo ainsi que dans le rideau de la chambre d’étudiante de Laure.
Achat d’un spi asymétrique d’occasion et accastillage pour le gréer. Le plus compliqué a été de fixer le bloqueur spinlock sur le mât au moyen d’inserts filetés à riveter, nous n’aurions pas réussi sans la gentillesse des gars du chantier qui nous prêtent immédiatement tous les outils spécifiques dont nous avons besoin.
Achat d’un régulateur d’allures et soudure de supports sur le tableau arrière pour l’installer, toujours à travers la super équipe du chantier de Pors-Moro.
Passage de la 3e bosse de ris dans la bôme, qui se trouve être l’ancienne drisse de grand-voile de Saltimbanque! Et bien elle était un peu courte, il a fallu la rabouter et lui rajouter quelques mètres !
Installation de la nouvelle tête d’anémomètre.
Confection d’un couvercle pour les toilettes.
Changement de nom du bateau, et décoration de coque, si si c’est important !
Le ménage sous le soleil ce n’est pas si désagréable, et c’est surtout très gratifiant de voir le bateau redevenir propre!
Et un énooooorme coup de ménage pour nettoyer le pont et les bouts de toute la mousse verte accumulée au chantier.
Doucement mais surement on s’approprie le bateau, qui devient jour après jour notre UtPåTur. On va bientôt s’y sentir comme à la maison !
On emménage !
Dès que les équipets à l’avant sont finis et que le bateau cesse de ressembler à un atelier de menuiserie, nous commençons à amener des boites d’affaires à bord. C’est que la question nous taraude depuis le moment où nous avons commencé à mettre notre maison en cartons : est-ce que tout va tenir à bord ??
On commence par la vaisselle, comme il est assez évident que nous allons la ranger dans la cuisine. Comme avec les affaires de Saltimbanque qui avaient disparues à bord sans que l’on s’en rende compte, UtPåTur avale nos ustensiles sans protester. Nous avons même un problème inattendu : il y a tellement de place que la vaisselle n’est pas calée et risque de casser ! Nous devons imaginer des systèmes à base de cagettes, structures en carton et en mousse pour que rien ne s’entrechoque a la mer.
La nourriture vient ensuite se loger sans problème dans les équipets du bateau. Puis viennent nos affaires de randonnée et sports d’eau, qui n’occupent qu’une petite moitié de la cabine arrière. UtPåTur continue de nous impressionner par sa capacité de stockage.
Ultime test : nos livres et nos vêtements, mais encore une fois tout tient. On commence à voir que le bateau est habité quand même, mais il reste de la place et les affaires ne sont pas trop bourrées au fond des coffres, parfait !
Brrrrrr! Heureusement que c’est un temps d’avril pour nous, sinon on pourrait presque commencer à se plaindre du froid !
Nous passons notre toute première nuit à bord le 30 janvier, après une très bonne soirée avec nos amis de TraouMad / Jingle de passage sur Pont-l’Abbé. Et bien nous dormons comme des loirs :o) Nos yeux s’ouvrent le matin sur un grand ciel bleu qui apparait dans le hublot au-dessus de nos têtes ! Mmmm, il ne doit pas faire chaud, il est couvert de condensation. C’est bizarre pourtant, les gouttes ne nous tombent pas dessus et les duvets sont secs… A moins que ? Et oui, ce sont bien des gouttes de glace sur les bords intérieurs du hublot !! La glace à l’intérieur de notre bateau quand nous vivons à bord, une première pour nous ! Et dire qu’il a fallu attendre de revenir en Bretagne pour voir ça :oS
La dernière ligne droite
Toujours pas de nouvelle de l’échangeur, et les grandes marées nécessaires pour mettre le bateau a l’eau approchent à grand pas… Les suivantes n’arriveront que 15 jours plus tard, à la fin du mois de février. C’est presque résignées que nous appelons le motoriste pour savoir ce qu’il en retourne, mais à notre plus grand étonnement nous apprenons que non seulement la pièce est arrivée la veille, mais que Manu le mécanicien en chef vient tout juste de finir de l’installer ! Juste le jour où nous n’étions pas à bord. Quelle efficacité !
Avec ce moteur soudainement réparé, la mise à l’eau devient imminente, il devient urgent de vérifier que tous les systèmes du bateau fonctionnent. Les systèmes nécessaires à la navigation bien sûr (gréement courant, moteur, éolienne et panneaux solaires, électronique, guindeau, aussières et parebattes, dispositifs de sécurité, feux de navigation), mais aussi ceux indispensables à la vie à bord en février comme le chauffage du bateau et la cuisinière à gaz.
Une fois rassurées sur le fait que nous ne mourrons ni de froid ni de faim, il ne reste plus qu’à gréer les voiles, amener nos cartes marines et ordinateurs de bord, et déployer le pavillon national. Voilà, UtPåTur est prêt à retrouver son élément, et nous aussi !
a bientôt sur l’eau et au grand air !
Superbe les filles! Je suis heureux de pouvoir vous lire à bord de saltimbanque !
Un vrai plaisir de lire ce premier récit …. et de sentir monter l’appel du large !!!
Merci les UTPATUR 🙂